Grandir avec un parent homosexuel

Salut les horcaziens, si nous nous retrouvons ici aujourd’hui, c’est pour aborder le sujet de l’homosexualité. Nous allons échanger avec notre chère Antonnella (et notre amie bienveillance bien-évidemment), sur le fait de grandir avec un parent homosexuel, les questions, difficultés sociales, que ça peut soulever pour l’enfant. Nous vous demanderons de lire cet échange en mettant de côtés tout à priori ou schéma limitant afin de vous focaliser sur son vécu qu’elle a eu la gentillesse de nous partager aujourd’hui.

Grandir avec un parent homosexuel par Antonnella B. ft Horcaz

Horcaz : Parle-nous un peu de toi.
Antonnella
:  » Je suis Antonnella, j’ai 26 ans et je suis maquilleuse professionnelle en Franche Comté. Je fais court en terme de présentation (rire). »

H. : Si nous sommes ici aujourd’hui c’est pour aborder un sujet dont on parle peu en 2020 : le fait de grandir avec un parent homosexuel. Tu peux nous contextualiser ton enfance ?
Antonnella. :  » Mon enfance a été plutôt peu commune. J’ai grandi auprès de ma mère, ma grande soeur (qui est d’ailleurs ma demi soeur, dans le sens où nous n’avons pas le même père mais bon c’est ma soeur quoi) et ma soeur jumelle. Contrairement à notre grande soeur, ma soeur jumelle et moi n’avons pas connu notre mère avec des hommes. Ou en tout cas, nous n’avons que de rares souvenirs. Nous étions très jeunes lorsque ma mère s’est tournée vers les femmes. J’imagine qu’elle a toujours eu un faible pour elles sans se l’avouer mais je ne vais pas parler en son nom. En tout cas , nous avons toujours vécu comme ça, toujours seules, entre filles. Le sujet n’est jamais venu sur la table étant donné que nous avons grandi de cette façon. Je pense quand même que ça a du me poser question un moment , mais quand on est si jeune, on nous montre que c’est possible, alors ça l’est. Je pense que j’avais environ 4 ans quand ma mère à assumer , peut être même plus tôt. »

H. : Une fois que ta maman s’est assumée, comment s’est passée la vie à la maison ? Vous êtes restez toutes les 4, entre louves ou sa compagne est venue vivre avec vous ? Antonnella. :  » Même si ma mère a vécu de longues relations avec ses compagnes, elles n’habitaient pas avec nous à la maison. Je l’ai connu avec 3 majeures relations, une première, j’étais très petite et j’adorais cette femme. Des souvenirs joyeux, elle avait accepté que ma mère soit une femme ayant déjà des enfants. Je crois que je me posais des questions à cette époque mais j’étais une enfant (moins de 10 ans) et je ne me préoccupais pas tant de l’orientation sexuelle de ma mère. J’adorais juste quand elle venait à la maison, on jouait à « à dada sur mon bidet » tu connais ? Haha , elle nous faisait tellement rire et elle nous aimait, ça se ressentait. 

La seconde relation de ma mère a duré bien plus longtemps (je dirais quasiment 10 ans, il me semble). Cette femme avait elle aussi des enfants, deux filles, qui sont devenues des personnes non pas qu’on qualifiait de soeur mais presque. On jouait ensemble, on se voyait très régulièrement. Elles ont vécu avec nous un temps mais jamais pendant une longue durée. Je ne sais pas si c’était le fait d’être 7 à la maison qui n’allait pas ou autre chose mais voilà. Ma grande soeur était adolescente, elle a bien plus d’affinité avec l’une de ses filles puisqu’elles avaient le même âge. C’était une femme que nous aimions également très fort. Cette femme a été présente pour nous aussi , ma mère a toujours su choisir des femmes très douces et je la remercie pour ça. 

Sa troisième relation n’a pas duré longtemps (2 ans environ) , ça s’est plutôt mal fini. Et je n’étais pas trop pour cette relation même si je n’avais rien contre elle. J’étais restée sur la relation précédente et je ne pouvais pas croire que ma mère puisse aimer quelqu’un d’autre. C’était aussi peut être parce que j’étais adolescente à ce moment là. » 

Horcaz : Comment as-tu vécu l’arrivée de ces femmes dans vos vies ?
Antonnella :  » J’ai aimé comme un membre de ma famille les deux premières compagnes de ma mère , elles étaient non pas des mères, mais presque. C’était une deuxième figure maternelle et des repères pour nous. La dernière relation, nous l’avons assez mal vécu , peut être parce que nous étions ado , je suppose. Elle donnait beaucoup pour cette femme , on avait l’impression d’être mises de côté à certains moments. Et ma mère a souffert pendant cette relation (de la jalousie , des crises de colère, autant de choses qui ne sont pas saines pour n’importe quelle relation). » 

Horcaz : Et en dehors de la maison, comment cela s’est-il passé ? On sait que les enfants ne sont pas des tendres entre eux. En avez-vous soufferts tes soeurs et toi ?
Antonnella :  » En fait, c’est là que les problèmes sont. A l’extérieur. Et surtout lorsque l’on grandit et qu’on commence à se poser des questions sur ce que sont les relations amoureuses. Je me souviens qu’en primaire, je ne parlais jamais de ça. J’avais des copains (avec qui nous en avons discuté récemment) qui se posaient des questions parce que leur mère leur avait expliqué que ma mère aimait les femmes. Ils ne m’ont jamais fait ressentir de la gène.  

Quand on arrive au collège par contre… C’est très différent. On arrive à un âge où les enfants/ado aiment blesser pour faire mal, pour se sentir plus populaire etc. J’ai, à cette période, eu beaucoup de mal avec l’orientation sexuelle de ma mère. Non pas parce que je n’acceptais pas, mais parce que j’avais envie d’être une ado comme les autres, avec une histoire familiale simple. Je mentais à ma meilleure amie quand elle me demandait pourquoi ma mère n’avait pas d’homme dans sa vie et quand elle me demandait si elle avait envie de refaire sa vie un jour. Je faisais comme si elle aimait les hommes (j’ai honte aujourd’hui mais je sais que c’était pour me protéger)

A une période (en 3eme) , avec ma soeur jumelle , on a été harcelée par un groupe de filles (qui étaient à la base des amies) à l’école mais aussi dans notre quartier. Elles s’amusaient à sonner chez nous pour nous dire à l’interphone qu’on devrait avec honte d’avoir une mère lesbienne et que ma mère draguait leurs mères… Ça a été une période très compliquée mais on n’a jamais dit à notre mère la vraie raison de ce harcèlement. Ça allait tellement loin (barrage au collège , elles nous suivaient à la sortie pour nous parler tout en marchant pour rentrer) qu’on a du porter plainte pour harcèlement et ça nous a marqué. »

Horcaz : Je suppose que le passage au lycée a dû vous être bénéfique quant au fait d’accepter la situation, en changeant de cercle social, de lieux de scolarité, …
Antonnella : « Nous avons assumé et accepté de parler de ça officiellement à notre meilleure amie (nous avions la même avec ma jumelle) seulement en seconde. Nous nous connaissions depuis 5 ans déjà… et nous avons assumé seulement au bout d’autant de temps. Ça a été salvateur pour nous, parce qu’on a compris à cette période que les choix de notre mère n’étaient pas les nôtres et que ça ne devait pas déterminer notre vie. Et je crois qu’on a pu à ce moment là totalement accepter son homosexualité à l’extérieur. La réaction et le soutient de notre meilleure amie a joué un rôle essentiel (émue). »

Horcaz : Et pour ta maman dans tout ça ?
Antonnella : « Ma mère nous a toujours préservées de ça. Je crois même qu’elle cachait son homosexualité à certaines personnes pour ne pas que ça nous touche. C’est quelque chose d’encré et d’accepté , mais pour autant ma mère reste très pudique quant à ses sentiments / ses relations. C’est simple, on a du discuter de ça une fois où deux (mais pas de son homosexualité , juste de ses relations comme n’importe quelle relation en fait. Parce qu’il n’y a pas de questionnement sur son orientation , c’est un fait). Je crois qu’elle a du souffrir elle aussi de regards portés sur elle , de jugements aussi certainement puisqu’elle était lesbienne , mais une mère aussi, et ça c’est encore moins facile à porter. »

Horcaz : Est-ce que ça t’a fait comprendre des choses sur toi, sur les autres, le monde en général ? 
Antonnella : « Complètement ! En fait on est bien plus enclin à accepter les différences. Et on voit aussi la difficulté de certains à comprendre qu’il n’y a pas qu’une vision de l’amour, et ça c’est difficile à supporter. On se dit « mais en quoi est ce que ça gêne qu’elles s’aiment de cette manière, ça ne touche en rien sa propre vision de l’amour ». Ça nous pousse aussi à comprendre toutes autres différences. J’ai l’impression que les mentalités changent, et j’aime à croire qu’un jour, tout le monde acceptera qu’on est tous différents.

Horcaz : Ta maman doit te sembler être une vraie héroïne de s’être assumer devant vous (ou de tenter de le faire chaque jour un peu plus), que lui dirais-tu que tu n’as jamais osé lui dire en face ? 
Antonnella : (émue) « Comme tu dis, c’est une héroïne… Elle a du affronter le regard de bon nombre de personnes , et assumer qu’elle était une mère lesbienne. C’est une double peine face aux gens… Nous avons grandi mes soeurs et moi dans une famille très dure , ma mère l’a été aussi et nous sommes très pudiques, les compliments, les je t’aime , les câlins , ce sont des choses qui sont rares (les je t’aime de ma mère sont une habitude par contre aujourd’hui mais ça c’est une autre expérience de notre vie). On a du mal à s’ouvrir mais je dirais aujourd’hui à ma mère que je suis désolée d’avoir eu une période difficile dans l’acceptation de son homosexualité et que je suis fière de ce qu’elle a parcouru , de sa force qu’elle a depuis toujours et qu’elle nous transmet encore aujourd’hui.

Horcaz : Enfin, est-ce que ce sujet est tabou chez vous ?
Antonnella
: « Oui , il est tabou dans le sens où on ne parle pas de ça. On ne parle pas de ce qu’on a ressenti les unes et les autres face à cette réalité.  Pour autant, parfois on discute de la femme dont elle est amoureuse ou de notre père (même si on a du mal à lui poser des questions par peur de la blesser). »


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