Coming-out, comment faire ça aux regards des autres ?

Aujourd’hui, nous allons aborder ensemble le sujet de l’homosexualité, et plus particulièrement, vis à vis du regard des autres. Bien que la majorité de la population semble avoir ENFIN accepté le fait que s’aimer n’était pas réservé au couple hétérosexuel type, se tenir la main dans la rue, s’embrasser en public est encore parfois soumis à des regards, remarques, passages à tabac. Nous nous plaçons donc aujourd’hui du point de vue de ces couples homosexuels qui peuvent être soumis à cette pression sociétale/sociale. Dans cette interview, si nous employons le terme « différence »  c’est vis à vis du standard du couple socialement ancré : le couple hétérosexuel, et non pas en vue de pointer du doigt ou de stigmatiser.

Interview croisée : Mathis & Adrien ft Horcaz

Horcaz : Hello les gars ! Vous pouvez vous présenter ?

Mathis
:  » Hello Horcaz, moi c’est Mathis j’ai 20 ans et je suis étudiant infirmier en 3ème année. »
Adrien : « Yo! Alors moi c’est Adrien, j’ai 19 ans et je fais des études en sciences humaines et plus particulièrement littéraires. À terme, j’aimerais travailler dans une agence de communication spécialisée dans la publicité. »

H. : Comme nous disions précédemment, nous allons aborder un sujet relatif à votre sexualité, à votre couple, mais surtout aux regards extérieurs. Pouvez-vous nous dire tout d’abord une chose essentielle : Quand vous êtes rendus compte que vous n’entriez pas dans le standard que la norme de la Vieille France imposait en matière de sexualité et comment l’avez-vous vécu personnellement ?

M. : « Après le décès de ma grand-mère en 2015, cette période a été difficile pour moi et j’ai commencé à mes poser des questions sur ma sexualité. Arrivé au lycée j’avais gardé ça pour moi, je n’en ai pas parlé. J’ai eu deux relations avec des filles mais ça n’a pas marché mais j’en garde un très bon souvenir. J’ai recommencé à me poser des questions et j’ai rencontré un homme qui m’a fait découvrir la sexualité gay et j’ai commencé à me révéler. Je me suis dit que j’étais bi mais avec le recul je me dis que c’était pour assumer plus facilement et ne pas choquer. À la fin du lycée quand je suis entré en formation d’infirmier ça été comme une libération, je me suis assumé car j’avais l’opportunité de commencer sur des bonnes bases et enfin pouvoir être en phase avec moi-même et j’ai eu comme une bouffée d’oxygène : je suis gay !« 

A. : « Lorsque j’avais 13 ans, je me suis rendu compte que je regardais plus les garçons que les filles mais j’ai surtout eu le déclic quand j’ai regardé un porno gay pour la première fois! Je ne me suis jamais considéré comme bi mais je n’ai pas pour autant de suite assumé mon homosexualité par peur d’être rejeté classique! De plus, à l’époque je subissais du harcèlement moral de manière quotidienne, cela a débuté quand j’étais en primaire. Étant plus petit j’avais un problème d’élocution, j’avais tendance à rajouter des « e » à la fin de chaque mot, ce qui me donnait l’air « efféminé » d’où ce harcèlement. On se moquait de moi mais les enfants sont cruels entre eux, ils répètent les mots qu’ils entendent à la maison comme « pédale », « tarlouze » ou encore le fameux « pédé » dont l’étymologie n’a rien à voir avec l’homosexualité d’ailleurs… Aujourd’hui j’ai pardonné à ces personnes parce qu’on avait 11-12 ans, on était des gamins, le problème venait des parents et de l’éducation, du manque d’information surtout! J’ai entendu le terme « gay » pour la première dans la cour de récré, il était employé de manière péjorative pour appuyer ma « différence » au niveau de mon apparence car j’aimais la mode, de ma façon de parler à cause des « e » ou encore de mes amitiés plus féminines car selon moi plus matures  que celles avec les garçons aussi connus sous le nom de gars cons sans la cédille! Ce harcèlement aura duré jusqu’à la fin du collège, puis arrivé au lycée j’ai décidé de ne plus me laisser faire et d’embrasser qui j’étais réellement! Je me suis donc forgé une sorte de carapace, un mécanisme de défense pour ne pas montrer que je souffrais de tout cela, faites semblant d’être insensibles et ils se lasseront de vous aussitôt. J’ai donc au début mal vécu cette révélation quant à ma sexualité, non pas parce que j’avais honte mais à cause de ces mots parfois violents qui engendrent des maux et laissent aux séquelles le goût amer de cette difficile guérison mais nécessaire afin de murir. »


H. : Une fois que vous vous êtes assumé chacun de vos côtés respectifs, a-t-il été facile d’en parler autour de vous ? Vous avez commencé par en parler à vos amis  ? À votre famille ? À une autre personne ?

M. : « J’ai mis longtemps avant d’en parler et même si je savais que ma famille était très ouverte je n’en ai pas parlé tout de suite. C’est quasiment 1 an et demi après avoir découvert cette facette de moi que je me suis décidé à en parler à ma sœur qui m’a énormément aidé. J’en ai ensuite parlé avec mes amis et enfin avec mes parents. Mes plus proches amis n’ont jamais cru que j’étais bi à l’époque où je disais l’être, ils ont toujours su que j’étais gay. »

A. : « Je n’ai pas eu de mal à m’assumer auprès de mes amis, ils ont toujours été d’une aide précieuse et vitale même! Sans eux je pense que j’aurai laissé ces sombres pensées prendre le dessus. Ils ont toujours su pour moi, je n’ai presque pas eu besoin de leur dire, cela résonnait presque comme une évidence. En revanche en ce qui concerne ma famille, l’histoire s’avère plus compliquée. Je n’ai pas eu l’occasion de faire mon « coming out«  auprès de ma mère qui représente mon pilier, elle m’a un peu forcé à lui dire parce qu’à ce moment-là j’avais 17 ans et je lui mentais énormément pour rejoindre mon copain de l’époque. Cette relation n’aura pas duré longtemps mais j’en garde un bon souvenir malgré tout car grâce à elle j’ai pu m’assumer pleinement! Commère de mère en fils, elle a vite répété le « secret » à mes sœurs qui le savait depuis longtemps déjà. Enfin, mon père… je n’entretiens pas de très bonnes relations avec lui mais cela remonte bien avant la découverte de mon orientation sexuelle. Lui mentir ne me faisait ni chaud ni froid, mais cela devenait pesant pour ma mère, je lui ai donc dit deux mois environ après avoir rencontré Mathis qui m’aura aidé tout au long de cette épreuve. « 

H. : Le regard de certains de vos pairs a-t-il changé à votre sujet ? Ou au contraire est-ce que tout le monde a bien accueilli cette nouvelle ?

M. : « Tous mes proches l’ont très bien accepté et je n’ai jamais eu de problème avec ça. Mes amis m’ont avoué que depuis que je suis parti faire mes études ils m’ont vu changer, aujourd’hui je suis plus extraverti et je suis libéré. Je le ressens également je suis moi-même et ça fait du bien. »

A. : « Je pense que tout mon entourage m’a vu m’épanouir et m’ouvrir davantage à eux après la révélation de mon homosexualité. Cette découverte m’aura été extrêmement bénéfique et mes amis ne m’ont jamais abandonné, c’est même quelque chose dont on rigole souvent entre nous, je fonctionne beaucoup sur le second degré alors ça aide à faire passer la pilule un peu comme le poppers! »



H. : Maintenant, passons à votre duo. Vous êtes en couple depuis combien de temps?  Comment s’est passé l’annonce de votre histoire dans vos cercles amicaux et familiaux ?

M. : « Nous nous sommes rencontrés lors d’une soirée chez une amie en commun, nous avons tout de suite bien accroché et nous nous sommes revu rapidement. Nous avons vite ressenti quelque chose pour l’autre et cela fait 1 an depuis le 13 juillet que nous formons un couple. J’ai rencontré la mère d’Adrien rapidement, peut être 2 semaines après que nous nous soyons mis ensemble et Adrien a rencontré mes parents quelque temps après. J’ai rapidement dit à mon entourage que je fréquentais Adrien et tout le monde était content pour moi. La rencontre avec la famille d’Adrien s’est très bien passée, j’ai eu l’impression d’être tout de suite accepté dans la famille. »

A. : « Mathis et moi c’est une belle histoire qui je l’espère durera encore longtemps! Nous nous sommes rencontrés à une soirée grâce à une amie en commun. Nous avons de suite accroché puis nous nous sommes très vite rapprochés jusqu’à se mettre en couple au bout de deux semaines seulement. Avec le recul on se dit qu’on est peut-être allé trop vite mais sur le moment c’était passionné et fougueux comme un premier amour quoi! Puis finalement après 1 an de dur labeur on est toujours ensemble et plus heureux que jamais, prêts pour affronter la vingtaine et la vie d’adulte ensemble! L’annonce de notre couple a été approuvée par tout notre entourage comme l’a dit Mathis, c’est là qu’on se rend compte qu’on a quand même beaucoup de chance! »


H. : À l’heure actuelle êtes-vous gênés, apeurés, par le regard d’autrui dans la rue si vous vous tenez la main par exemple ? Est-ce que ça a une incidence sur vous personnellement, votre comportement de couple ?

M. : « Nous ne nous tenons jamais la mains dans la rue, j’ai du mal avec les marques d’amours en public mais nous sommes dans une ville qui n’est pas forcément ouverte d’esprit donc nous évitons cela. »

A. : « Personnellement je n’ai pas peur d’assumer mon couple en public, le regard des autres m’importe peu! Mais il y a des moments où il faut être plus intelligent que les autres pour éviter de se faire casser la gueule… C’est triste mais c’est comme ça pour l’instant. Malgré tout je suis fier de celui que je suis devenu et je suis encore plus fier de pouvoir marcher aux côtés de celui que j’aime! »

H. : Est-ce que vous ressentez que les choses bougent comme on veut le croire grâce à tous ces beaux mouvements sociaux visant à libérer les corps, les esprits et les sexualités ?

M. : « Les nouvelles générations sont majoritairement plus ouvertes et cette génération milite pour l’ouverture d’esprit et l’acceptation. Mais quand je vois les manifestations de la « manif pour tous » j’ai l’impression de revenir à l’époque des chasses aux sorcières. À quel moment les autres peuvent décider de notre amour, nous ne les jugeons pas car ils sont ensemble alors pourquoi nous juger ? Donc oui je ressens que les mouvements sociaux de notre époque font évoluer les manières de penser même si il y a d’irréductibles gaulois qui font de la résistance. Tant pis pour eux ils ne sauront pas ce que c’est que d’être libéré ! »

A. : « Tout dépend de l’échelle à laquelle on se place, le point de vue change énormément en fonction du pays et de la culture. En France, nous avons encore une fois la chance d’être libre d’aimer qui on veut mais cela ne devrait pas être une chance mais une banalité! Depuis 2013 les couples homosexuels peuvent se marier dans le soi-disant pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, mais ces termes cachent en réalité beaucoup de problèmes liés à la peur et l’ignorance, ce qui mène vite à l’homophobie par exemple. Dans certains pays, l’homosexualité est passible d’emprisonnement voire pire encore de la peine de mort! Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la gravité de la situation, on parle d’amour! Parfois j’ai l’impression qu’on est considérés comme des dégénérés et même des criminels pour certains. Un seul mot : aberrant. Certes les mentalités ont évolué depuis les années sida, de nos jours on n’associe plus cette maladie aux homosexuels car on est informés et c’est ça la clé nécessaire pour vaincre cette haine qui perdure encore malheureusement. Tant qu’il y aura des insultes gratuites dans la rue et des mouvements comme la « manif pour tous » le combat durera! La pride permet justement de célébrer le courage qu’il faut pour faire face à l’oppression et assumer la personne qui sommeille en nous! Mais il ne faut pas oublier le devoir de mémoire à l’égard des émeutes de Stonewall qui constituent le début de nos droits. Celles-ci ont eu lieu à l’aube des années 70 en Amérique, les personnes transgenres afro-américaines ainsi que les drag queens se sont alors révoltées contre les forces de l’ordre qui faisaient des descentes dans les bars gays. Ces courageuses personnes nous ont ainsi ouvert la voie vers la liberté et l’acceptation. »


H. : Vous sentez-vous plus « compris » ou « acceptés » (même si c’est horrible de dire ça…) maintenant qu’au moment de votre coming-out ?

M. : « Les regards que les gens portent sur moi m’importe peu mais pour autant je pense qu’elle n’a pas changé. Les personnes qui m’entourent m’aiment pour ce que je suis et non pour ce que je pourrais être. J’ai toujours eu le même noyau d’amis et ils m’ont toujours accepté comme j’étais donc leurs visions n’ont jamais changé. »

A. : « Je me sens bien dans ma peau et en accord avec qui je suis, c’est le plus important à mon sens, je me sens aimé par mes proches et profite du mieux que je peux de ces êtres si chers à mes yeux. »


H. : Si vous aviez une chose à dire à la société actuelle ça serait quoi ?

M. : « Je voudrais dire qu’il faut évoluer, nous vivons dans une société qui évolue très rapidement donc tout le monde devrait évoluer leurs manières de penser ! Il n’y a pas si longtemps la France et l’Europe étaient dans une période où l’homosexualité était pénalisée et dans les heures les plus sombres de notre continent, les homosexuel étaient internés dans les camps de concentration. Pour ne pas que ça se reproduise il faut évoluer, accepter et s’ouvrir ! »

A. : « Je rejoins Mathis sur ce qu’il dit. Love is love that’s all! »


H. : Et si vous aviez un conseil à donner à quelqu’un qui se découvre sexuellement et qui n’ose pas s’affranchir à cause de ces regards et jugements désobligeants ?

M. : « Le fait de se découvrir fait peur, c’est difficile de l’accepter soi-même et il est encore plus dur dans certains cas de le faire accepter aux autres mais il faut s’affranchir de tout ça et juste profiter de chaque instant que la vie nous offre, nous n’avons qu’une vie alors profitez ! Si vos proches ne l’acceptent pas tant pis pour eux, ils perdent un être exceptionnel ! Si vos amis ne l’acceptent pas, changez d’amis ! Il n’y a que des solutions pour que vous soyez heureux. »

A. : « Ne perds pas espoir, continue d’avancer et soit patient car la vie te réserve tellement de choses, garde la tête haute, courage!« 


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