Témoignage Spontané : #metooinceste

Horcazien.nes, nous vous proposons aujourd’hui un témoignage spontané qui nous a été envoyé anonymement et nous a beaucoup marqués, touchés, heurtés.

« Chaque fois que je lis ou que je vois un post passer parlant d’inceste, de viol…, je ressens en moi l’envie de prendre part à tout ça. Surtout récemment avec le #metooinceste.

J’aurais voulu brandir ce hashtag dans ma story ou sur mon profil, mais je n’y arrive pas.

Je voudrais moi aussi livrer mon témoignage, expliquer mon parcours de vie, dire ce par quoi je suis passée, même si personne n’imagine ça en me voyant. Je n’ose le faire à visage découvert, j’ai peur du jugement des autres, des gens qui me connaissent, de mes collègues de travail, et pourtant je sais, je sais parfaitement que je ne suis pas en tort, que je n’y suis pour rien dans toute cette histoire. Mais je ne veux pas de cette étiquette sur mon front. Je ne sais pas si j’ai fui, toujours est-il que j’ai tout quitté, ma famille, ma région, je suis partie loin de tout ça car je ne voulais plus vivre à travers ça. Dès que je reviens voir mes proches, l’angoisse revient, mais aussi la peur, la honte ( ?), la colère… tout refait surface. Je déteste tellement revenir dans cet endroit, revoir ces gens, j’ai comme l’impression de revenir en arrière. Je me sens terriblement mal, je pleurs, je deviens parano, je cherche à me cacher et à passer inaperçu. Quand je reviens c’est comme-ci tout m’explosait à la figure alors que le reste du temps, je suis simplement moi avec ma vie d’aujourd’hui.

Même si ces événements ont marqué et changé ma vie à tout jamais et que je vis avec au quotidien, j’ai envie que cela n’appartienne qu’à moi. Je ne veux pas de la pitié des autres, je ne veux pas que leurs opinions changent vis-à-vis de moi, je ne veux pas voir de tristesse dans leurs regards. J’ai tellement cherché à oublier tout ça, à être reconnue pour mes compétences, mes valeurs, ma façon d’être, ma personnalité, etc. donc je ne veux pas être connue avec ce « titre ». Et pourtant… et pourtant cela me démange, j’aimerais prendre la parole au grand jour et dire « Oui, moi aussi j’ai été abusée, violée et j’ai subis des violences psychologiques. C’était mon père, cette figure paternelle que beaucoup chérisse et qui est supposé être notre protecteur, pour moi ce fut mon destructeur. Cela a duré des années, je suis incapable de dire jusqu’à quand cela remonte tellement j’ai souhaité tout oublier. J’ai voulu mettre fin à mes jours, j’ai tenté de me suicider plusieurs fois et puis j’ai réalisé que le problème n’était pas moi. J’ai trouvé la force et le courage d’en parler. J’ai déposé plainte et cela a été dur, l’enquête a duré près de 2 ans. Je faisais mes études à côté de ça, j’essayais de m’en sortir tant bien que mal alors que je cachais ce lourd secret et que je portais ce fardeau au quotidien. Ma famille proche, ma mère entre autres, celle que j’ai aimé le plus au monde, je l’ai aimé si fort que je ressentais le besoin de le lui dire chaque jour, elle était ma joie de vivre, mon pilier, et pourtant, elle m’a tourné le dos. Pensant que j’étais la fautive, que j’étais responsable de ce qui m’était arrivé et que je le méritais… Dire qu’elle m’a brisé le cœur en mille morceaux est un euphémisme. Elle m’a tellement déçue, j’ai eu l’impression de mourir une deuxième fois. Elle aura elle aussi, laissé une marque indélébile. J’ai perdu confiance en tout être humain et n’ai plus aucun amour propre. »

Ai-je envie de prendre part à ce combat ? Même si tout ceci est terminé depuis plus de 10 ans, je ne suis pas encore guérie, je ne me sens pas assez forte pour faire face et affronter le monde extérieur. Sachez juste que cela peut être n’importe qui, n’importe quelle femme qui vous paraît « banale », voire même un homme. Vous ne voyez que ce que l’on ne veut vous montrer… Les apparences sont parfois trompeuses et utiles à notre survie. »

Un commentaire sur “Témoignage Spontané : #metooinceste

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  1. Je ne sais pas quoi dire. Si ce n’est que je suis très touchée par ton article et que je te sens très très courageuse. D’un côté je pense qu’il faut en parler à une personne et une seule, une personne de confiance afin de se « vider », se sentir comprise et soutenue, se laisser aller, mais juste une fois ; et d’un autre côté de ne plus y penser, de plus se retourner, avancer, se créer de très bons souvenirs c’est tout, y penser le moins possible afin d’en arriver à avoir l’impression que ces souvenirs ne sont pas les nôtres. On est trop nombreuses à vivre des agressions, des abus au cours de notre vie, et c’est pas normal. Puis après, je sais pas toi, mais on vit avec (enfin je ?) + d’angoisses, de stress, de manque de confiance en soi, on est + sensible à tout, et ça devient pesant…alors on (je ?) se tourne vers le développement personnel… Bref, courage ! Et si tu veux parler, n’hésite pas.

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